Chaque année en France, plusieurs centaines de milliers de personnes développent des escarres. Ces lésions de pression, qui détruisent progressivement la peau et les tissus sous-cutanés, touchent autant les patients alités que ceux en fauteuil roulant. Éviter les escarres repose sur un ensemble de gestes coordonnés dont l’efficacité dépend largement de la régularité avec laquelle ils sont appliqués.
Friction et massage des zones d’appui : une pratique à abandonner
Pendant longtemps, masser les zones rougies par la pression a été considéré comme un réflexe préventif logique. Plusieurs recommandations pratiques récentes ont renversé cette idée : frictionner une zone d’appui fragilise la peau et diminue la microcirculation locale au lieu de la stimuler.
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Le frottement répété sur un sacrum ou un talon déjà soumis à une pression prolongée aggrave les lésions des capillaires sous-cutanés. La peau des personnes âgées ou dénutries, plus fine et moins élastique, tolère encore moins ce type de sollicitation mécanique.
Ce point reste mal connu des aidants familiaux. Quand une rougeur apparaît sur une zone d’appui, le geste adapté consiste à supprimer la pression (changement de position, coussin de décharge) et à observer si la rougeur disparaît. Si elle persiste après relâchement de la pression, c’est un signe d’escarre débutante qui nécessite un avis soignant.
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Échelles de risque Braden et Norton : adapter la prévention au niveau réel de danger
Les contenus disponibles en ligne mentionnent rarement les outils d’évaluation standardisés que les soignants utilisent en milieu hospitalier ou en EHPAD. L’échelle de Braden et l’échelle de Norton attribuent un score de risque en croisant plusieurs paramètres.
L’échelle de Braden, la plus répandue, évalue six dimensions : perception sensorielle, humidité, activité physique, mobilité, nutrition, friction et cisaillement. Un score bas indique un risque élevé d’escarre nécessitant une prévention renforcée.
L’intérêt de ces échelles dépasse le cadre hospitalier. Un aidant qui connaît les critères évalués peut repérer une dégradation progressive (perte d’appétit, incontinence récente, diminution de la mobilité) et alerter avant l’apparition de la première lésion. Le score permet aussi de décider la classe de matelas anti-escarres adaptée et la fréquence des changements de position.
Ce que le score modifie concrètement
Pour un risque modéré, un repositionnement toutes les trois à quatre heures et un matelas en mousse à mémoire de forme peuvent suffire. Pour un risque élevé, le repositionnement passe à un intervalle plus court et un matelas anti-escarres à air alterné de classe supérieure devient souvent nécessaire.
Les retours terrain divergent sur la fréquence idéale de repositionnement nocturne. Le compromis entre prévention des escarres et qualité du sommeil du patient reste un sujet ouvert, que chaque équipe soignante ajuste au cas par cas.
Incontinence et protection cutanée : un facteur de risque sous-estimé
L’humidité prolongée au contact de la peau est l’un des quatre mécanismes reconnus de formation des escarres, avec la pression, la friction et le cisaillement. L’incontinence urinaire ou fécale crée un environnement acide et humide qui macère l’épiderme et le rend vulnérable aux lésions de pression.
La prévention dans ce cas va au-delà de la toilette régulière :
- Nettoyer la peau après chaque souillure avec un produit au pH neutre, sans frotter, en tamponnant pour sécher
- Appliquer une crème barrière protectrice qui isole la peau de l’humidité sans obstruer les pores
- Utiliser des protections absorbantes adaptées au niveau d’incontinence, changées dès qu’elles sont souillées
- Vérifier les plis cutanés (inguinaux, fessiers) où l’humidité stagne sans être visible
La crème barrière après chaque change réduit la macération cutanée de manière significative. Ce geste, simple en apparence, est souvent omis à domicile par manque d’information.

Matelas et coussins anti-escarres : pourquoi le matériel seul ne suffit pas
Le choix du matelas anti-escarres dépend du stade de risque évalué. Les matelas en mousse viscoélastique conviennent aux risques faibles à modérés. Les matelas à cellules d’air alternées, qui gonflent et dégonflent des zones successives pour varier les points de pression, s’adressent aux patients à risque élevé.
Pour la position assise en fauteuil, un coussin anti-escarres (mousse à mémoire de forme, gel ou air) répartit le poids du corps sur une surface plus large. Les personnes en fauteuil roulant doivent aussi pratiquer des soulèvements réguliers ou des changements d’appui latéraux.
Un point que plusieurs sources cliniques soulignent : aucun dispositif anti-escarres ne dispense du repositionnement régulier. Un matelas performant allonge le délai avant apparition d’une lésion, mais ne l’empêche pas si le patient reste immobile pendant des heures. Le matériel et la mobilisation forment un binôme, pas une alternative.
Nutrition et hydratation : le socle biologique de la prévention
La peau ne peut résister à la pression que si elle est correctement nourrie. Un apport protéique suffisant favorise le maintien et la réparation des tissus cutanés. La déshydratation rend la peau moins souple et plus susceptible de se léser sous l’effet de la friction.
- Protéines : viandes, poissons, œufs, légumineuses, à chaque repas si possible
- Hydratation : encourager la prise régulière de liquides, y compris chez les patients qui n’expriment pas la soif
- Vitamines et zinc : présents dans les fruits, légumes et céréales complètes, ils participent à la cicatrisation
Un patient dénutri cicatrise mal et développe des escarres plus rapidement. L’évaluation nutritionnelle fait partie intégrante de la prévention, au même titre que le matériel de décharge.
La prévention des escarres repose sur une combinaison de gestes quotidiens dont aucun, pris isolément, ne garantit une protection complète. Évaluer le risque avec une échelle validée, supprimer les frictions inutiles, protéger la peau de l’humidité et adapter le matériel à la situation forment un ensemble cohérent. Le maillon le plus fragile reste la régularité : c’est la constance de ces gestes, jour après jour, qui fait la différence entre une peau préservée et une plaie qui s’installe.

